Du 23 au 25 juillet 2026, Ouagadougou a accueilli la troisième édition du Forum Soil Nexus, autour d’un thème qui peut sembler technique au premier abord : « Territorialisation des systèmes alimentaires burkinabè par l’approche bassins-versants, pilier stratégique de la souveraineté alimentaire et du développement durable ».

Pourtant, derrière ces grands mots se trouve une question assez simple : comment mieux produire, transformer, vendre et consommer ce que nos territoires ont à offrir, tout en préservant les ressources dont nous dépendons ?

En tant que jeune ambassadrice AfriFOODlinks de la ville de Ouagadougou, cette question m’interpelle particulièrement. Elle rejoint une réflexion que nous portons sur la manière dont les villes et les communautés peuvent contribuer à des systèmes alimentaires plus durables, plus inclusifs et mieux adaptés aux réalités locales.

Penser l’alimentation à partir de nos territoires

L’un des principaux enseignements du Forum Soil Nexus est que le Burkina Faso ne peut pas être considéré comme un territoire où les réalités alimentaires sont partout les mêmes. Les ressources disponibles, les types de production, les difficultés rencontrées par les producteurs, l’accès à l’eau, les infrastructures de stockage et de transformation ou encore les possibilités de commercialisation peuvent varier fortement d’une région à une autre. C’est justement l’intérêt de la territorialisation des systèmes alimentaires : partir des réalités de chaque territoire plutôt que d’appliquer les mêmes solutions partout.

L’approche par bassins-versants va encore plus loin. Elle ne s’arrête pas aux limites administratives. Elle cherche à comprendre comment l’eau, les terres, l’agriculture, l’élevage, l’énergie, les activités minières et les populations sont liés les uns aux autres. Cette manière de réfléchir nous rappelle une chose essentielle : notre alimentation ne commence pas au marché ou dans notre assiette. Elle commence bien avant, avec la terre, l’eau, les semences, le travail des producteurs et toutes les personnes qui participent à la transformation et à la circulation des aliments.

Produire local ne suffit pas

Au cours du forum, la question des pertes après récolte a également retenu mon attention. Nous produisons des aliments, mais une partie peut être perdue faute de moyens suffisants pour les conserver, les stocker ou les transformer. Cela montre que la souveraineté alimentaire ne consiste pas uniquement à augmenter la production. Il faut aussi pouvoir conserver ce que l’on produit, le transformer, le commercialiser et le rendre accessible aux consommateurs. Cette réflexion fait directement écho aux discussions que nous pouvons avoir à Ouagadougou. Dans une ville qui grandit rapidement, comment rapprocher les producteurs des consommateurs ? Comment mieux valoriser les produits issus de nos territoires ? Comment faire en sorte que les jeunes voient dans l’agriculture, la transformation agroalimentaire ou la commercialisation des produits locaux de véritables opportunités ? Ce sont des questions auxquelles nous devons continuer à réfléchir.

Et les jeunes dans tout cela ?

C’est ici que mon rôle de jeune ambassadrice AfriFOODlinks prend tout son sens. Être ambassadrice, ce n’est pas seulement parler des systèmes alimentaires. C’est aussi essayer de comprendre ce qui se passe autour de nous et de créer des espaces où les jeunes peuvent en parler, proposer des idées et agir à leur niveau. À Ouagadougou, nous sommes nombreux à être éloignés de la production agricole, mais nous faisons partie du système alimentaire tous les jours. Nous achetons, cuisinons, mangeons, choisissons certains produits plutôt que d’autres et influençons, parfois sans nous en rendre compte, la manière dont notre alimentation évolue. Nous pouvons donc aussi être des acteurs du changement. Cela peut passer par la valorisation des produits locaux, la réduction du gaspillage alimentaire, la création d’activités autour de la transformation agroalimentaire, la sensibilisation à une alimentation plus diversifiée ou encore la recherche de nouvelles façons de connecter producteurs et consommateurs.

Quand agriculture, énergie et environnement se rencontrent

Une autre dimension importante abordée lors du forum est le lien entre alimentation et énergie. Cela peut paraître éloigné, mais ce n’est pas le cas. L’énergie est nécessaire pour pomper l’eau, irriguer, conserver les récoltes, transformer les produits et développer les activités économiques. De la même manière, l’agriculture et les activités minières peuvent parfois se retrouver sur les mêmes territoires. Il devient donc difficile de réfléchir à l’alimentation sans parler de l’utilisation des terres, de l’eau, de l’énergie et de la protection de l’environnement. Le Forum Soil Nexus nous invite ainsi à sortir des réflexions en silos. Les problèmes sont liés, et les solutions doivent l’être aussi.

De Ouagadougou à nos territoires

Le forum prévoit des recommandations, une feuille de route et un plan d’action pour donner une suite concrète aux réflexions engagées. Une visite de terrain à Nakantenga, dans une ferme agroécologique, doit également permettre de passer des discussions aux réalités du terrain. Pour moi, c’est justement ce passage entre la réflexion et l’action qui est important. En tant que jeune ambassadrice AfriFOODlinks de Ouagadougou, je retiens surtout que les systèmes alimentaires ne sont pas une affaire réservée aux experts, aux institutions ou aux producteurs. Ils nous concernent tous. Ils concernent ce que nous produisons, ce que nous transformons, ce que nous vendons, mais aussi ce que nous choisissons de mettre dans nos assiettes.

Le bassi de mon enfance, préparé à partir du petit mil et consommé de différentes manières, en est un exemple simple. Derrière un aliment que l’on croit ordinaire se trouvent une céréale locale, des producteurs, des techniques de transformation, des habitudes de consommation et tout un circuit qui relie plusieurs acteurs.

C’est peut-être cela que signifie, au fond, territorialiser nos systèmes alimentaires : regarder ce que nous avons déjà sur nos territoires, comprendre comment tout est lié et trouver ensemble les moyens de mieux le valoriser.

À Ouagadougou comme dans les autres territoires du Burkina Faso, les jeunes ont certainement leur mot à dire dans cette transformation.

Et surtout, ils ont encore beaucoup à inventer.

#TiemtoreFarida #AfriFOODlinks #Systemealimentaire


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